Que s’est-il passé hier à Sciences Po ?
Hier, en fin
d’après midi, entre cent et cent cinquante personnes extérieures à Sciences Po sont entrées dans le bâtiment principal de l’école, et ce en dépit des mesures de sécurité, notamment le contrôle
des cartes.
Elles ont
pénétré à l’intérieur de ce temple du savoir en utilisant une sortie de secours verrouillée, ce qui laisse soupçonner une complicité interne à l’école. Ces individus, du moins les premiers
arrivés, étaient majoritairement des étudiants de Paris VIII accompagnés de quelques salariés et professeurs. Leur but était de débattre en amphi Boutmy, mais à cet instant se tenait un cours
d’Olivier Duhamel dont la proposition d’un débat de 20 minutes à la fin de sa conférence a rencontré un mur d’opposition.
Et c’est là
que ça verse dans le pathétique, mais une forme de pathétique passionnant.
En effet, à
cet instant là ont commencé à se manifester des deux côtés des comportements très clivés, révélateur d’une certaine violence dans l’opposition. Les étudiants de première année dans l’amphithéâtre
ont vu leur école « envahie », leur légitimité bafouillée, et ils ont commencé à huer. C’est là que les manifestants ont été blessé dans ce qu’ils estimaient être leur légitimité à eux,
et y ont vu la confirmation de leurs soupçons : Sciences Po est une école de bourgeois, de culs coincés etc. …
Evacuation de
l’amphithéâtre, tentatives de médiation, petites engueulades (dont les deux camps se vantent) : bref, d’un côté on est content d’humilier les bourgeois, de l’autre d’insulter des
gauchistes.
Les
manifestants ont par la suite installé une banderole aux fenêtres du premier étage et ont jeté une poubelle dans la rue. Dans la rue justement on pouvait voir deux camps : d’un côté les
évacués de Sciences Po qui applaudirent l’arrivée des gendarmes mobiles, de l’autre des manifestants rejoints par quelques anarchistes…
Les noms
d’oiseau ont fusé avec élégance, l’apogée des qualificatifs ayant été atteinte lorsque « Consanguins » fusa, fendant l’air comme une flèche empoisonnée…
Quelques
petits malins de Sciences Po décidèrent de montrer des petites pancartes telles que « Vive le Roy », et un étudiant a escaladé la façade pour décrocher la banderole, façade dont il a
chuté…
Finalement
Sciences Po fut évacuée. Qu’en reste t-il, en dehors d’un A anarchiste sur la façade (d’ailleurs neuve) ?
Je suppose que
chaque étudiant aura son avis, et je suppose que je partage beaucoup des avis des deux camps…
D’un côté la
manifestation est un droit. La jeunesse peut revendiquer et les actions symboliques ont un lyrisme assez plaisant. La LRU a de nombreux défauts et la combattre est une initiative qui n’a rien de
choquant. On est encore en démocratie, non ? Aussi, les arguments, la colère, la distorsion de la vision de ces manifestants en ce qui concerne Sciences Po me fait penser que l’école a plus
que foiré sa communication visant à transformer son image.
D’un autre
côté, venir cagoulé et taguer la façade (j’aime cette façade !), lancer des insultes (manifestants ou Sciences Pistes) et chercher à provoquer l’autre camp à quelque chose qui nie la part
lyrique de la chose…
Sciences Po
couve une certaine mixité sociale, quelqu’un qui dirait le contraire est un menteur. C’est un fils d’ouvriers (moyennisés, certes) qui vous le dit ! Nous ne sommes pas vraiment des étudiants
consanguins (du moins j’espère). C’est aussi notre erreur à tous, celle de nos professeurs, de notre directeur, d’occuper l’espace médiatique en direction d’un microcosme. Même les initiatives de
l’IEP en faveur des lycées ZEP semblent mal expliquées, on communique mal. Sciences Po devrait être un modèle, comment se fait-il que des centaines de personnes pensent le
contraire ?
Finalement,
cette action a été largement désapprouvée y compris par les étudiants les plus à gauche de l’IEP… Une solidarité de groupe ? Si c’est le cas je parie que c’est parce que nous sommes fiers de
notre école, et non à cause de notre consanguinité. Aussi, n’oublions pas qu’en France une grande partie des jeunes ne s’exprime pas, donc il est difficile de savoir la légitimité ou la
représentativité d’une telle action. Mais, au fond, comment ne pas se sentir révolté par le climat social actuel, entretenu par un président sourd ? L’idée de travailler plus n’a jamais eu de sens pour moi, le travail étant un problème, une contrainte, et non pas un moyen de se libérer, et n’a pas plus de
sens dans un monde où le libéralisme (y compris dans le sens philosophique) est en faillite.
“Nobody’s right if everybody’s wrong” chantait Buffalo
Springfield... On pourrait sans doute chanter “Nobody’s wrong if everybody’s right”...
Mais quand même, la façade !